Stage Shakespeare avec Jean-Baptiste Delcourt
“Usurpation, possession, mal et pouvoir…”
Ce stage prend pour matière un montage de la seconde tétralogie historique de Shakespeare : Richard II, Henry IV (1 et 2), Henry V et du début de « la première » Henri VI et Richard III. À travers ces pièces, Shakespeare déploie une vaste réflexion sur la nature du pouvoir, sa légitimité et les forces troubles qui l’accompagnent.
Le point de départ de ce travail est l’usurpation du trône de Richard II par Bolingbroke (futur Henri IV). Chez Shakespeare, cet acte n’est pas seulement un événement politique : il ouvre une brèche dans l’ordre du monde. Le renversement d’un roi produit une fracture qui se transmet de règne en règne. Le pouvoir acquis par la force engendre culpabilité, violence et instabilité, comme si une faute originelle contaminait toute la chaîne de transmission.
Cette idée sera abordée dans le stage à travers une hypothèse de travail : envisager l’usurpation comme une forme de possession. Le pouvoir agit sur ceux qui le prennent ou l’exercent ; il transforme leur langage, leur corps, leur rapport aux autres. Les personnages semblent parfois traversés par des forces qui les dépassent : ambition, peur, culpabilité, nécessité politique. Shakespeare met ainsi en scène un pouvoir qui n’est jamais seulement maîtrisé, mais qui possède, hante et déforme ceux qui s’en emparent.
Un laboratoire de plateau
Le stage se déroulera comme un laboratoire de plateau réunissant une douzaine d’acteur·ices. Les textes seront distribués en amont et devront être appris afin de permettre un travail direct dans l’espace et dans le jeu. La distribution bien que mobile sera faite en amont du stage et ne sera pas faite en fonction des genres. C’est ici les résonances et les incarnations multiples qui nous intéressent.
L’objectif sera moins l’analyse théorique que l’expérimentation concrète : éprouver les situations, traverser les contradictions des personnages, chercher comment les enjeux du pouvoir se manifestent dans la voix, le souffle, et la relation aux partenaires ainsi que dans le travail choral.
La pensée active en jeu restera au centre de toutes les matières, comme liant fondamental et objectif technique prioritaire du travail.
La première journée sera ouverte par une intervention dramaturgique de la dramaturge Valérie Battaglia, qui proposera un éclairage sur les enjeux philosophiques et politiques de cette tétralogie, notamment autour des questions de souveraineté, de responsabilité et de légitimité du pouvoir.
Le montage de scènes permettra de circuler entre les différentes pièces afin de faire apparaître les lignes de force qui les relient : le coup de force, la chute, la culpabilité, la jeunesse en marge, les conflits de génération et entre clan rivaux, la construction d’une figure royale. Nous travaillerons notamment sur la manière dont Shakespeare fait coexister le tragique et le politique, mais aussi le grotesque, la farce et la vitalité populaire.
Ce travail cherchera également à faire résonner ces textes avec notre présent. Les questions que Shakespeare pose — la légitimité du pouvoir, la fabrication de l’autorité, la manipulation du langage politique, la construction d’une figure de chef capable de mobiliser un peuple — entrent en écho direct avec les tensions et les bouleversements de nos sociétés contemporaines.
Ce stage se veut ainsi un espace de recherche collective où, à partir de Shakespeare, nous interrogerons le pouvoir comme expérience à la fois intime, politique et symbolique. Il s’agira d’explorer comment ces textes, écrits il y a plus de quatre siècles, continuent d’éclairer nos imaginaires du pouvoir et d’offrir aux acteur·ices un terrain de jeu d’une puissance exceptionnelle.
Jean-Baptiste Delcourt
L’intervenant
Metteur en scène, Jean-Baptiste Delcourt se forme au Conservatoire de Clermont-Ferrand, où il obtient son Certificat d’Études Théâtrales avec les félicitations du jury. Attiré par la mise en scène, il approfondit sa formation au Conservatoire Royal de Bruxelles puis à l’INSAS, où il obtient son master avec distinction.
En 2017, il signe sa première mise en scène avec Par les Villages de Peter Handke, créé au Théâtre Océan Nord puis présenté à la Nouvelle Scène Nationale de Cergy-Pontoise. Il met ensuite en scène Girls & Boys de Dennis Kelly, qui reçoit deux nominations aux Prix Maeterlinck de la critique 2022 (Meilleur seul en scène, Meilleure interprète — prix attribué à France Bastoen), et Coriolan (Hubris) d’après Shakespeare, pour lequel Soufian El Boubsi est nommé au Prix Maeterlinck de la critique 2023 dans la catégorie Meilleur interprète.
Parallèlement à ses créations personnelles, il répond à des invitations en tant que metteur en scène, explorant des contextes variés. Il travaille notamment en milieu carcéral pour le spectacle Naked, et collabore avec le quatuor Alfama pour Fanny & Félix, présenté dans de nombreuses institutions et festivals, parmi lesquels les Festivals de Wallonie, DeSingel, l’Opéra de Bordeaux, l’Opéra du Luxembourg, le Palais des Beaux-Arts de Charleroi et l’Opéra de Rouen.
Artiste partenaire du Théâtre des Martyrs pour les saisons 2022–2025, il y développe plusieurs projets : en 2023, il met en scène et co-adapte avec l’auteur L’Apocalypse heureuse de Stéphane Lambert (Prix Rossel 2022) ; en 2024, il crée L’Abattoir de verre de J. M. Coetzee, prix Nobel de littérature, en co-adaptation avec Valérie Bataglia, ainsi que Amazonia, conçu en collaboration avec Aurélien Labruyère, spectacle en tournée en France et en Belgique. En 2025, il met en scène Les Justes d’Albert Camus au Théâtre Jean Vilar, spectacle repris en 2026. Actuellement, il collabore à la mise en scène avec Isabelle Pousseur pour Du côté de chez Elle.s au Théâtre National.
Parallèlement à son activité artistique, Jean-Baptiste Delcourt enseigne l’art dramatique au Conservatoire Royal de Bruxelles depuis 2018.
Son travail se concentre sur la mise en tension du texte au plateau, qu’il s’agisse d’écritures contemporaines, de réinterprétation de textes de répertoire ou de créations originales. Souvent politique, sa démarche ne cherche ni à actualiser frontalement les œuvres, ni à les illustrer. Il vise plutôt à créer les conditions d’une résonance symbolique et polymorphe, où le texte peut agir, résister et se transformer au contact des acteurrices et de l’espace scénique. Un espace où le sens émerge de la rencontre, du conflit et de l’expérience vécue.
Infos pratiques
Lieu du stage
Petite salle du Théâtre des Martyrs (Pl. des Martyrs 22, 1000 Bruxelles)
Fonctionnement
- 5 jours : 18-22 mai
- Horaire : 10-18h
- Prix : 100€ (20€/jour)
- pour 12 comédien·nes
- Date-limite inscriptions : 27 avril
Sélection des stagiaires par l’intervenant sur base d’une courte lettre de motivation accompagnée d’une brève biographie.
L’Union des Artistes organise des stages toute l’année (jeu face caméra, théâtre, chant lyrique, etc.) à des tarifs préférentiels pour nos membres. Vous trouverez toutes les informations en temps et en heure sur notre site (onglet Informations ou Avantages), sur nos réseaux sociaux Instagram et Facebook ou via notre newsletter mensuelle.